En bref

  • La lithographie imprime à plat, sur une pierre où l'encre grasse n'adhère qu'au dessin ; la sérigraphie fait passer l'encre à travers un écran tendu, comme un pochoir. Une presse d'un côté, une raclette de l'autre.
  • Les estampes se rangent en quatre familles selon la matrice : relief (bois, lino), creux (burin, eau-forte, pointe sèche), à plat (lithographie) et pochoir (sérigraphie).
  • À la loupe : grain irrégulier pour la lithographie, aplats épais aux bords nets pour la sérigraphie, cuvette et encre en relief pour la gravure en creux, gouttelettes fines pour la giclée.
  • La giclée est une impression numérique à jet d'encre ; le mot date de 1991. Ce n'est pas une estampe originale au sens fiscal, qui exclut les procédés mécaniques et photomécaniques.
  • Aucun procédé ne vaut plus qu'un autre par nature : l'artiste, l'originalité, le tirage et l'état pèsent bien davantage que la technique.

La lithographie imprime à plat, à partir d’une pierre dessinée au gras où l’encre ne tient que sur le dessin ; la sérigraphie fait passer l’encre à travers un écran tendu sur un cadre, comme un pochoir. L’une utilise une presse, l’autre une raclette. Gravure, linogravure et giclée complètent le tableau, chacune avec ses signes visibles à la loupe. Reste la question que l’on se pose vraiment devant une estampe : laquelle vaut le plus ? La réponse surprend souvent : le procédé compte bien moins que le fait d’être une estampe originale.

Différence entre lithographie et sérigraphie

Les deux techniques produisent une image en plusieurs exemplaires, mais elles n’ont presque rien en commun dans leur fonctionnement.

CritèreLithographieSérigraphie
FamilleImpression à platImpression au pochoir (écran)
MatricePierre calcaire ou plaque de zincÉcran de tissu fin tendu sur un cadre
PrincipeRépulsion de l’eau et du grasL’encre traverse les mailles ouvertes, les zones bouchées la retiennent
Outil de tiragePresseRaclette, sans presse
Sens de l’imageInversée sur la matrice, remise à l’endroit à l’impressionNon inversée
EncreGrasse, en couche finePlus épaisse, souvent opaque
RenduNuances, grain, dégradés, effets de crayonAplats francs, couleurs vives, contours nets
CouleursUne pierre ou un zinc par couleurUn écran par couleur
Signe à la loupeGrain irrégulier, sans trameCouche d’encre en léger relief, bords nets

Le centre d’estampe URDLA résume l’opposition par les outils : d’un côté la pierre, le gras, la presse et des encres à l’huile ; de l’autre l’écran, la raclette et des encres à l’eau ou au solvant. Il en tire la différence de rendu : la lithographie cherche les nuances et accepte les mélanges de couleurs, la sérigraphie privilégie la netteté des formes.

Estampe : définition

Une estampe est une image imprimée, le plus souvent sur papier, à partir d’une matrice que l’on encre puis que l’on reporte : une pierre, une plaque de métal, une planche de bois ou de linoléum, un écran. La lithographie, la gravure et la sérigraphie sont toutes des techniques d’estampe. Dire « lithographie ou estampe » revient donc à opposer une espèce à son genre.

L’estampe est dite originale quand l’artiste a lui-même exécuté la matrice. Le code général des impôts la définit comme une estampe « tirée en nombre limité directement en noir ou en couleurs, d’une ou plusieurs planches entièrement exécutées à la main par l’artiste, quelle que soit la technique ou la matière employée, à l’exclusion de tout procédé mécanique ou photomécanique » (annexe III, article 98 A).

On classe les procédés en quatre familles, selon l’endroit où l’encre se trouve sur la matrice.

FamilleOù est l’encreTechniquesSigne caractéristique
ReliefSur les parties saillantesGravure sur bois, linogravureLéger foulage, relief au dos de la feuille
Creux (taille-douce)Dans les creuxBurin, eau-forte, pointe sèche, aquatinteCuvette autour de l’image, encre en relief
À platSur la surface plane, zones grassesLithographieAucun relief, grain irrégulier
PochoirÀ travers la matriceSérigraphieCouche d’encre posée, aplats nets

Lithographie : le principe

La lithographie a été inventée en 1796 par Aloys Senefelder, en Allemagne. Selon la BnF, l’artiste dessine au crayon ou à l’encre grasse sur une pierre calcaire poreuse. Après une préparation chimique, la pierre est mouillée puis encrée : l’encre grasse se fixe sur le dessin et glisse sur les zones humides. Une presse reporte l’image sur la feuille.

Pour la couleur, chaque teinte demande une pierre ou un zinc distinct, imprimé à son tour sur la même feuille, avec un repérage précis. La technique permet un rendu très proche du dessin, avec des gris veloutés et des dégradés, ce qui explique sa vogue au XIXe siècle, jusque dans la presse illustrée.

Le point à retenir pour la suite : l’impression offset moderne repose sur le même principe de l’eau et du gras, à partir d’une plaque préparée par photographie. C’est pourquoi des reproductions industrielles portent parfois le nom de « lithographies ». La façon de les distinguer d’une estampe originale est détaillée dans notre page pour reconnaître une lithographie originale.

Sérigraphie : le principe

La sérigraphie utilise un écran : un tissu à mailles fines, autrefois de soie, aujourd’hui en général de polyester ou de nylon, tendu sur un cadre. On bouche les mailles aux endroits qui ne doivent pas imprimer, à la main ou par un procédé photographique. On pose l’écran sur la feuille, on verse l’encre et on la chasse à travers les mailles ouvertes avec une raclette.

Chaque couleur demande un écran et un passage. Une sérigraphie en douze couleurs, c’est douze écrans et douze passages, chacun calé sur les précédents. L’encre, plus épaisse qu’en lithographie, donne des couleurs couvrantes et lumineuses, y compris sur fond sombre.

La sérigraphie est-elle une estampe originale ?

La question se pose, et le centre URDLA la traite lui-même. La sérigraphie est une technique d’estampe à part entière, pratiquée par de nombreux artistes au XXe siècle. Mais elle sert aussi à imprimer des affiches, des textiles et des objets en série.

Le critère reste celui de la définition fiscale : une matrice exécutée à la main par l’artiste, et un tirage limité. Quand l’artiste conçoit et réalise ses écrans, la sérigraphie peut être une estampe originale. Quand l’écran est obtenu photographiquement à partir d’une œuvre existante pour la reproduire, on se rapproche d’un procédé photomécanique, que la doctrine fiscale exclut. Entre les deux, les cas limites relèvent d’un spécialiste.

Inconvénients de la sérigraphie

La sérigraphie a des limites techniques qui expliquent ses choix esthétiques.

LimitePourquoiConséquence visible
Dégradés difficilesL’écran laisse passer l’encre ou la bloque, sans intermédiaireDégradés simulés par des trames ou des superpositions
Une couleur par passageChaque teinte demande son écranCoût et temps qui montent avec le nombre de couleurs
RepérageChaque passage doit tomber exactement sur les précédentsLéger décalage possible entre deux couleurs
Épaisseur d’encreLa couche déposée est plus épaisseSurface parfois sensible aux frottements et aux pliures
Usage industrielLe même procédé sert à imprimer en sérieConfusion possible entre œuvre originale et reproduction

Ces limites ont aussi fait sa force : les aplats saturés et les contours nets sont devenus une signature visuelle de nombreuses estampes d’art du XXe siècle. Ce que la sérigraphie perd en nuance, elle le gagne en intensité.

Lithographie et gravure

La gravure, au sens strict, consiste à creuser ou tailler une matrice. En taille-douce, le dessin est creusé dans une plaque de métal ; on encre la plaque, on l’essuie, l’encre ne reste que dans les creux, et une presse puissante force le papier humide à aller la chercher. En gravure en relief, on creuse au contraire autour du dessin, qui reste en saillie et reçoit l’encre.

La lithographie ne creuse rien. La pierre reste plane : c’est la chimie qui sépare les zones qui prennent l’encre et celles qui la refusent.

CritèreLithographieGravure en taille-douce
MatricePierre ou zinc, planePlaque de cuivre, de zinc ou d’acier, creusée
Travail de l’artisteDessin au grasIncision à l’outil ou morsure à l’acide
PressionPresse lithographiquePresse à forte pression, papier humide
Trace sur la feuilleAucuneCuvette : l’empreinte des bords de la plaque
EncreÀ plat, absorbéeEn léger relief, visible en lumière rasante
TraitSouple, grain de crayonNet, parfois barbelé (pointe sèche)

La cuvette, empreinte laissée par les bords de la plaque sous la pression, est le signe le plus simple d’une gravure en creux. Une lithographie n’en a pas. Attention toutefois : des reproductions imitent la cuvette par gaufrage, et une feuille rognée peut l’avoir perdue.

Lithographie et eau-forte

L’eau-forte est une technique de gravure en creux. L’artiste recouvre une plaque de métal d’un vernis, dessine dans ce vernis à la pointe pour mettre le métal à nu, puis plonge la plaque dans un bain d’acide qui mord les traits dégagés. Le nom vient de l’ancien nom de l’acide nitrique.

Face à la lithographie, l’eau-forte se reconnaît à son trait : une ligne d’épaisseur régulière, souvent fine et nerveuse, qui ne présente pas le grain du crayon lithographique. Elle laisse une cuvette autour de l’image. Elle se combine souvent avec d’autres techniques de creux, comme l’aquatinte, qui produit des surfaces de gris grâce à un grain de résine.

Les autres procédés de creux se distinguent par l’outil : le burin creuse le métal directement et donne un trait net aux extrémités effilées ; la pointe sèche raye la plaque et soulève des barbes de métal qui retiennent l’encre et donnent un trait velouté, qui s’use vite au fil du tirage.

Lithographie et linogravure

La linogravure appartient à la famille du relief. L’artiste creuse une plaque de linoléum à la gouge autour du dessin ; les parties restées en saillie reçoivent l’encre au rouleau, et l’on imprime à la presse ou à la main, au frotton.

CritèreLithographieLinogravure
FamilleÀ platRelief
MatricePierre ou zincLinoléum creusé à la gouge
RenduNuances, grain, dégradésContrastes francs, aplats, traces de gouge
Trace au dos de la feuilleAucuneParfois un léger foulage, relief visible au dos
Signe à la loupeGrain irrégulierBords d’aplats légèrement irréguliers, encre en surface

La linogravure et la gravure sur bois partagent un rendu contrasté, taillé, où les blancs sont des zones creusées. La lithographie donne au contraire un aspect dessiné, sans arête.

Lithographie et reproduction : la giclée

Une giclée est une impression numérique à jet d’encre, réalisée à partir d’un fichier sur une imprimante grand format, souvent sur un papier d’art ou une toile. Le mot, français d’aspect, a été employé pour la première fois en 1991 aux États-Unis pour désigner ces tirages d’art.

La giclée n’a pas de matrice exécutée à la main : elle part d’un fichier, souvent la photographie d’une œuvre existante. Elle n’entre donc pas dans la définition fiscale de l’estampe originale, qui exclut les procédés mécaniques et photomécaniques. La doctrine fiscale précise que cette exclusion vaut même quand l’artiste a signé et numéroté les épreuves.

Pour le vendeur professionnel, le décret n° 81-255 du 3 mars 1981 impose de désigner comme telle toute reproduction (article 8). Un catalogue honnête parlera donc de « tirage numérique », de « giclée » ou de « reproduction », et pas de « lithographie ».

À la loupe, la giclée montre un semis de gouttelettes microscopiques, sans trame géométrique mais sans grain de pierre non plus. Les contours se décomposent en points fins, et l’encre n’a aucune épaisseur.

Tableau comparatif des procédés

ProcédéMatricePrincipeRendu typiqueCouleursSigne à la loupe ou au toucher
LithographiePierre, zincEau et gras, à platCrayonné, dégradésUne matrice par couleurGrain irrégulier, pas de relief
SérigraphieÉcran tenduPochoir, racletteAplats vifs, contours netsUn écran par couleurCouche d’encre posée, bords nets
Eau-fortePlaque de métal mordueCreux, acideTrait fin et nerveuxSouvent noir, couleur possibleCuvette, encre en relief
BurinPlaque de métal gravéeCreux, outilTrait net, effiléSurtout noirCuvette, trait précis
Pointe sèchePlaque rayéeCreux, barbesTrait veloutéSurtout noirCuvette, trait flou sur les bords
Gravure sur bois, linogravureBois, linoléumReliefContrastes, aplats taillésUne planche par couleurFoulage possible au dos
OffsetPlaque photographiqueEau et gras, industrielPhotographiqueQuadrichromieTrame régulière de points
GicléeFichier numériqueJet d’encrePhotographiqueNombreuses encresGouttelettes fines, aucune épaisseur

Les six premiers procédés peuvent produire des estampes originales, si l’artiste a exécuté la matrice et si le tirage est limité. Les deux derniers produisent des reproductions, sauf cas particulier d’œuvres conçues d’emblée pour l’impression numérique, dont le statut se discute.

Lithographie ou sérigraphie : laquelle a le plus de valeur ?

C’est la question que les pages techniques laissent de côté, et elle a une réponse nette : aucun procédé ne vaut plus qu’un autre par nature. Le marché ne paie pas une technique, il paie une œuvre.

Ce qui fait réellement le prix d’une estampe, par ordre d’importance habituel :

  1. L’originalité : estampe originale, interprétation « d’après » ou reproduction. C’est l’écart le plus grand.
  2. L’artiste, et la demande pour son œuvre gravée ou imprimée.
  3. La planche : certaines images d’un même artiste sont bien plus recherchées que d’autres.
  4. La signature manuscrite et la justification du tirage, numérotée ou hors série.
  5. Le tirage : un tirage limité et documenté rassure ; un tirage pléthorique pèse sur le prix.
  6. L’état : couleurs insolées, papier jauni, marges rognées.

Le procédé intervient à travers ces critères, pas à leur place. Chez un artiste qui a surtout pratiqué la gravure, une lithographie peut être rare et recherchée. Chez un autre, connu pour ses sérigraphies, c’est l’inverse. Et une sérigraphie originale d’un artiste très demandé vaudra toujours davantage qu’une lithographie d’un artiste qui ne l’est pas.

Les épreuves hors numérotation, comme les épreuves d’artiste, ajoutent une nuance à ce classement ; notre page sur l’épreuve d’artiste explique leur place par rapport aux épreuves numérotées. Pour la démarche d’estimation d’ensemble, la page sur la façon de savoir si un tableau a de la valeur s’applique aussi aux œuvres sur papier.

Les mentions à lire sur un document de vente

Le vocabulaire du vendeur dit souvent ce que la loupe confirmera. Pour les professionnels, le décret du 3 mars 1981 donne un sens juridique à certaines formules.

MentionCe qu’elle signifie
« Lithographie originale », « sérigraphie originale », « eau-forte originale »Estampe dont l’artiste revendique la matrice
« Signée au crayon », « justifiée 12/100 »Signature et numéro manuscrits dans la marge
« Signée dans la planche »Signature imprimée avec l’image
« D’après »Interprétation par un autre que l’artiste, sans garantie d’auteur (art. 7)
« Tirage numérique », « giclée », « offset », « reproduction »Reproduction, qui doit être désignée comme telle (art. 8)

Une estampe vendue avec une facture précise et un document décrivant la technique, le tirage et l’état se revend plus facilement. Ce qui distingue un certificat utile d’une simple feuille imprimée est détaillé dans notre page sur le certificat d’authenticité d’une œuvre d’art.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une lithographie et une sérigraphie ?

La lithographie imprime à plat : l'artiste dessine au gras sur une pierre mouillée, l'encre ne se dépose que sur le dessin, et une presse transfère l'image. La sérigraphie fait passer l'encre à travers un écran de tissu fin, bouché aux endroits qui ne doivent pas imprimer, à l'aide d'une raclette, sans presse.

Qu'est-ce qu'une estampe ?

Une estampe est une image imprimée sur papier à partir d'une matrice, pierre, plaque, bois ou écran, que l'on encre et que l'on reporte. Elle est dite originale quand l'artiste a lui-même exécuté la matrice et que le tirage est limité. Lithographie, gravure et sérigraphie sont des techniques d'estampe.

Quelle différence entre une lithographie et une gravure ?

Dans une gravure, le dessin est creusé dans une plaque de métal ou taillé dans du bois : l'encre se loge dans les creux ou reste sur les reliefs. En lithographie, rien n'est creusé : la pierre reste plane et c'est la chimie de l'eau et du gras qui sépare les zones encrées. Une gravure en creux laisse une cuvette autour de l'image.

Quels sont les inconvénients de la sérigraphie ?

Elle rend mal les dégradés continus et les nuances fondues, qu'il faut simuler par des trames ou des superpositions. Chaque couleur demande un écran et un passage, avec un risque de décalage. Et comme elle sert aussi à imprimer en série, une sérigraphie peut être une œuvre originale comme une simple reproduction.

Quelle est la différence entre une lithographie et une giclée ?

Une lithographie est imprimée à partir d'une pierre ou d'une plaque dessinée à la main. Une giclée est une impression numérique à jet d'encre à partir d'un fichier. À la loupe, la giclée montre un semis de gouttelettes très fines ; la lithographie, un grain irrégulier. Seule la première peut être une estampe originale au sens fiscal.

Qu'est-ce qui a le plus de valeur, une lithographie ou une sérigraphie ?

Aucune par principe. La valeur dépend de l'artiste, de l'originalité de l'épreuve, de la planche, du tirage et de l'état. Une sérigraphie originale d'un artiste recherché vaut bien plus qu'une lithographie d'un artiste peu demandé, et l'inverse est tout aussi vrai.

Sources et méthode

  • BnF Essentiels, « La technique de la lithographie » : Aloys Senefelder, 1796, répulsion de l'eau et du gras, une pierre ou un zinc par couleur, tirages de presse
  • URDLA (centre international de l'estampe, Villeurbanne), « Quelle est la différence entre lithographie et sérigraphie ? » : presse ou raclette, image inversée, mélanges de couleurs
  • Code général des impôts, annexe III, article 98 A, II, 2°, et BOFiP BOI-TVA-SECT-90-10, § 150 à 170 : définition de l'estampe originale et exclusion des procédés mécaniques ou photomécaniques
  • Décret n° 81-255 du 3 mars 1981, articles 7 à 9 : mention « d'après », désignation des reproductions
  • Encyclopédie Wikipédia, article « Giclée », pour l'origine du terme (1991)