En bref

  • Une épreuve d'artiste (EA, ou AP en anglais) est un exemplaire tiré en plus de l'édition numérotée, avec la même planche, sur le même papier, et réservé à l'origine à l'artiste.
  • Aucun texte ne fixe leur nombre pour les estampes ; les sources spécialisées citent un usage autour de 10 % du tirage, parfois 10 à 15 %.
  • Pour une fonte de sculpture, la doctrine fiscale admet 8 exemplaires numérotés plus 4 tirages « d'artiste » portant une mention spéciale : au-delà, ce n'est plus une œuvre d'art originale au sens fiscal.
  • Une EA n'est ni une meilleure œuvre ni une reproduction : techniquement, elle est identique à un exemplaire numéroté de la même édition.
  • Sa valeur est proche de celle des exemplaires numérotés et parfois supérieure pour des artistes très recherchés ; aucun pourcentage de surcote ne vaut comme règle.

Une épreuve d’artiste, notée EA, E.A. ou AP pour artist’s proof, est un exemplaire tiré en plus de l’édition numérotée, avec la même planche et sur le même papier, et réservé à l’origine à l’artiste. Elle n’est ni une reproduction ni une version supérieure : techniquement, c’est le même tirage. Pour une estampe, aucun texte ne fixe leur nombre ; l’usage cité par les sources spécialisées tourne autour de 10 % du tirage. Pour un bronze, la doctrine fiscale admet 8 exemplaires numérotés plus 4 tirages d’artiste. Sa valeur est en général proche de celle d’un exemplaire numéroté, parfois supérieure pour un artiste très demandé, sans pourcentage fixe.

Cette page décode les mentions portées dans la marge d’une estampe, donne les limites fixées par les textes pour chaque technique, puis détaille ce qui fait, ou non, la valeur d’une EA.

C’est quoi une épreuve d’artiste

Une estampe est une image imprimée à partir d’une matrice, appelée planche : pierre ou plaque de zinc en lithographie, plaque de cuivre en gravure, bois en xylographie, écran en sérigraphie. La même matrice permet de tirer plusieurs exemplaires identiques, qu’on appelle des épreuves.

L’ensemble des épreuves destinées à la vente forme l’édition, ou tirage. Chacune porte en général, au crayon dans la marge, un numéro sous forme de fraction : 12/100 signifie douzième exemplaire d’une édition de cent. La signature de l’artiste figure à côté, au crayon également.

L’épreuve d’artiste est tirée en dehors de cette numérotation. Elle provient de la même planche, sur le même papier, avec les mêmes encres ; elle ne diffère des épreuves numérotées que par la mention inscrite à la place du numéro. Historiquement, ces exemplaires revenaient à l’artiste, qui les gardait, les offrait ou les vendait plus tard.

Le terme vient d’une pratique d’atelier. Les premières épreuves servaient à vérifier l’état de la planche et la qualité du tirage ; sur les techniques où la matrice s’use, comme la pointe sèche, elles étaient aussi les plus nettes. Avec les matrices et les presses actuelles, cette différence de qualité a pratiquement disparu.

EA, HC, BAT : le tableau des mentions d’une estampe

La justification désigne l’ensemble des mentions portées hors de l’image, dans la marge ou au dos. Elle se lit ainsi :

MentionSignificationPlace dans l’édition
12/10012e exemplaire d’une édition de 100, en chiffres arabesÉdition courante destinée à la vente
XII/XXV12e exemplaire d’une série de 25, en chiffres romainsSérie distincte de l’édition principale, parfois sur un autre papier
EA ou E.A., épreuve d’artisteExemplaire réservé à l’artisteHors numérotation commerciale
EA 3/10 ou EA III/XTroisième épreuve d’artiste sur dixHors numérotation, mais EA elles-mêmes numérotées
AP, artist’s proofÉquivalent anglais de EAIdem EA
HC, hors commerceExemplaire à l’origine non destiné à la vente, souvent pour l’éditeur ou l’imprimeurHors numérotation
BAT, bon à tirerÉpreuve validée par l’artiste pour lancer le tirageExemplaire de référence, en principe unique
Épreuve d’étatÉpreuve tirée à une étape intermédiaire du travail sur la plancheAvant l’état définitif
Épreuve d’essaiÉpreuve de mise au point des couleurs ou de l’encrageAvant le BAT
Épreuve d’atelier, d’imprimeurExemplaire réservé à l’atelier qui a tiré l’éditionHors numérotation

La numérotation en chiffres romains mérite une précision. Elle peut désigner une série parallèle à l’édition principale, par exemple sur un papier différent, ou numéroter les épreuves d’artiste elles-mêmes. La mention qui l’accompagne tranche : XII/XXV seul est une série, EA XII/XXV une épreuve d’artiste.

Les lettres qui remplacent parfois un numéro, comme A, B, C, désignent le plus souvent des états successifs de la planche. La signification exacte dépend de l’atelier ; en cas de doute, le catalogue raisonné de l’artiste, quand il existe, sert de référence.

Combien d’épreuves d’artiste dans un tirage

Pour les estampes, aucun texte ne fixe le nombre d’épreuves d’artiste. Les sources spécialisées décrivent un usage, pas une règle :

Source consultéePart des EA dans le tirage
Journal d’une plateforme d’art moderne et contemporainPas plus de 10 % du total, EA et HC compris
Magazine d’une place de marché d’art10 à 15 % des premiers tirages, « souvent limitées à quatre »
Plateforme spécialisée dans les estampes10 à 15 % de l’édition, 10 % présentés comme la proportion habituelle
Boutique d’une galerie d’art contemporainEn général 10 à 15 % du tirage total

L’usage se situe donc autour d’une EA pour dix exemplaires. Une édition de 100 comporte typiquement une dizaine d’épreuves d’artiste, une édition de 30 en compte trois ou quatre. Des écarts importants existent : une plateforme spécialisée cite le cas d’un artiste contemporain très recherché dont une estampe compte plus de 250 épreuves d’artiste pour une édition de 500.

Le nombre d’EA doit être rapporté au tirage total. Une édition « limitée à 100 exemplaires » qui compte en réalité 100 numérotés, 30 EA et 20 HC circule en 150 exemplaires. C’est ce total qui décide de la rareté, et c’est lui qu’un acheteur doit connaître.

Épreuve d’artiste en lithographie, gravure et sérigraphie

La mention EA s’emploie dans toutes les techniques d’estampe : lithographie, eau-forte, pointe sèche, aquatinte, gravure sur bois, linogravure, sérigraphie. Elle a le même sens partout. Ce qui change d’une technique à l’autre, c’est la façon de reconnaître une épreuve originale, décrite dans notre page sur la différence entre lithographie, sérigraphie et gravure.

La doctrine fiscale définit les gravures, estampes et lithographies originales comme des épreuves tirées en nombre limité d’une ou plusieurs planches entièrement conçues et exécutées à la main par le même artiste, quelle que soit la technique, à l’exception de tout procédé mécanique ou photomécanique. Elle ne fixe pas de limite chiffrée au tirage : seuls les tirages excessifs par rapport aux usages de la profession perdent le statut d’œuvre d’art.

Deux conséquences pratiques en découlent :

  • une épreuve d’artiste d’une estampe originale est elle-même une estampe originale, au même titre que les exemplaires numérotés ;
  • une reproduction photomécanique marquée EA, signée et même numérotée, n’est pas une œuvre originale au sens fiscal ; la mention ne change rien à la technique.

Ce second cas est le piège le plus courant. Une part des « lithographies » signées en circulation sont en réalité des reproductions en offset, parfois signées au crayon, parfois marquées EA. Les signes qui les trahissent à la loupe sont détaillés dans notre page sur comment reconnaître une lithographie originale.

Épreuve d’artiste en sculpture et en bronze : la règle des 8 + 4

La sculpture est le seul domaine où un texte fixe le nombre d’épreuves d’artiste. Pour la TVA et la fiscalité des œuvres d’art, l’article 98 A de l’annexe III du CGI range parmi les œuvres d’art les fontes de sculpture à tirage limité à huit exemplaires et contrôlé par l’artiste ou ses ayants droit.

La doctrine fiscale précise la règle : les fontes exécutées à partir d’un moulage de la première œuvre sont des œuvres d’art si leur tirage est contrôlé par l’artiste ou ses ayants droit et limité à huit exemplaires numérotés. Les tirages dits « d’artiste » portant des mentions spéciales sont admis au même régime dans la limite de quatre exemplaires. La condition de numérotage ne s’applique qu’aux fontes exécutées depuis le 1er janvier 1968.

TechniqueExemplaires numérotésÉpreuves d’artiste admisesSource
Estampe originalePas de limite chiffrée, tirage « limité »Pas de limite chiffréeBOFiP, § 160
Fonte de sculpture8 au plus4 au plus, avec mention spécialeBOFiP, § 200
Tapisserie, textile mural8 au plusCompris dans les 8BOFiP, § 220
Émail sur cuivre8 au plus, numérotés et signésNon prévuCGI, ann. III, art. 98 A
Photographie30 au plus, signés et numérotés, tous formatsNon prévuBOFiP, § 280 et 290

Un bronze numéroté 9/12 ou une fonte en vingt exemplaires sort donc de la définition fiscale de l’œuvre d’art originale. Cela n’interdit pas sa vente, mais le taux réduit de TVA et les dispositifs réservés aux œuvres originales ne s’appliquent plus. Les épreuves d’artiste d’un bronze sont généralement distinguées par une mention propre, souvent accompagnée d’une numérotation séparée ; la forme exacte varie selon les fonderies.

Épreuve d’artiste en photographie

La photographie obéit à une règle plus stricte. Pour être considérée comme œuvre d’art, elle doit avoir été prise par l’artiste, tirée par lui ou sous son contrôle, signée et numérotée dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus. La signature ou l’authentification doit venir de l’artiste lui-même : celle des ayants droit ne suffit pas, et les tirages posthumes sont exclus.

Contrairement à la sculpture, le texte ne prévoit aucun tirage d’artiste en plus des trente. Une épreuve d’artiste photographique non signée, non numérotée, ou venant s’ajouter à trente exemplaires déjà tirés, risque donc de ne pas remplir la définition. C’est la position défendue par un avocat spécialisé en droit de la photographie sur son blog, parmi les pages classées sur la question. Les artistes qui veulent garder des EA les intègrent souvent dans le plafond de trente.

Épreuve d’artiste plus chère : ce qui fait sa valeur

La question revient sous deux formes : une EA vaut-elle plus, ou moins, qu’un exemplaire numéroté ? Les sources concordent sur un point : aucune règle ne fixe d’écart. Tout dépend de l’artiste et de l’édition.

FacteurEffet sur la valeur d’une EACommentaire
Rareté réelleÀ la hausseUne EA sur quatre vaut plus qu’une EA sur cinquante
Demande pour l’artisteÀ la hausseLes écarts constatés concernent surtout les artistes très recherchés
Provenance directe de l’artisteÀ la hausseUne EA sortie de l’atelier, documentée, rassure
Variante uniqueÀ la hausseRehauts à la main, couleurs différentes, dédicace de l’artiste
Tirage total élevéÀ la baisseEA et HC nombreux diluent la rareté de toute l’édition
EA non numérotée, sans justificationIncertainImpossible de savoir combien il en existe
Technique photomécaniqueÀ la baisseReproduction, quelle que soit la mention

Les plateformes spécialisées dans les estampes rapportent des cas où des épreuves d’artiste d’artistes contemporains très cotés se sont vendues aux enchères nettement au-dessus des exemplaires numérotés. Ces exemples existent, mais ils portent sur un marché étroit et spéculatif. Pour la grande majorité des estampes, une EA se négocie dans la même zone de prix que les exemplaires de son édition.

Une dédicace mérite une mention à part. Une EA offerte et dédicacée par l’artiste à une personne nommée intéresse les collectionneurs de l’artiste, mais peut aussi réduire l’attrait pour un acheteur qui préfère un exemplaire sans nom. Son effet sur le prix n’est pas univoque.

Valeur d’une lithographie en épreuve d’artiste

Pour estimer une lithographie marquée EA, il faut la traiter d’abord comme une lithographie, et seulement ensuite comme une épreuve d’artiste. L’ordre des vérifications compte :

  1. La technique : lithographie originale ou reproduction ? Sans cette réponse, la mention EA ne signifie rien.
  2. L’artiste et la signature : signature au crayon de la main de l’artiste, signature imprimée dans la planche, ou cachet de la succession.
  3. L’édition : nombre total d’exemplaires numérotés, d’EA et de HC, d’après le catalogue raisonné quand il existe.
  4. L’état : papier jauni, rousseurs, marges coupées, trace de ruban adhésif, décoloration par la lumière.
  5. La provenance : facture, certificat, étiquette d’un éditeur ou d’une galerie au dos du cadre.

L’état et la provenance pèsent souvent plus que la mention EA elle-même. Une EA aux marges rognées et aux couleurs passées vaut moins qu’un exemplaire numéroté intact de la même édition. Les indices généraux de valeur d’une œuvre sont détaillés dans notre page sur comment savoir si un tableau a de la valeur.

Les pièges : EA sur des reproductions et tirages sans fin

Les épreuves d’artiste attirent les faussaires et les éditeurs peu scrupuleux pour une raison simple : leur nombre n’est pas numéroté, donc difficile à contrôler. Les situations à repérer :

  • une reproduction en offset ou en impression numérique, marquée EA et signée au crayon, vendue comme lithographie originale ;
  • une édition dont les EA semblent innombrables sur le marché, alors que le tirage annoncé est restreint ;
  • une signature imprimée dans l’image, présentée comme une signature au crayon ;
  • une épreuve marquée EA sur un papier différent de celui de l’édition, sans explication.

Le décret n° 81-255 du 3 mars 1981 impose que tout fac-similé, copie ou autre reproduction d’une œuvre d’art exécuté après son entrée en vigueur porte de manière visible et indélébile la mention « Reproduction ». En pratique, beaucoup de reproductions anciennes ou importées ne la portent pas, et son absence ne prouve rien.

Acheter ou vendre une épreuve d’artiste : les documents à demander

Le même décret prévoit qu’un vendeur professionnel doit remettre, si l’acheteur le demande, une facture reprenant les caractéristiques qu’il a annoncées sur la nature, la composition, l’origine et l’ancienneté de l’œuvre. Pour une estampe, cela signifie la technique, le statut de l’exemplaire, EA, HC ou numéroté, et le nombre total d’exemplaires quand il est connu.

À l’achat, la facture est le document qui engage le vendeur. Un certificat de l’artiste ou de l’éditeur la complète utilement, surtout pour une EA dont le rang n’apparaît pas dans la numérotation. Ce qu’un certificat doit contenir, et ce qu’il prouve réellement, est détaillé dans notre page sur le certificat d’authenticité d’une œuvre d’art.

À la vente, décrire l’exemplaire exactement comme il est justifié évite les malentendus. « EA » ne se transforme pas en « exemplaire numéroté », et une épreuve d’état ne se vend pas comme une EA. Une description fidèle protège le vendeur autant que l’acheteur.

Questions fréquentes

C'est quoi une épreuve d'artiste ?

C'est un exemplaire d'une estampe, d'un tirage photographique ou d'une fonte réalisé en plus de l'édition numérotée destinée à la vente. Il est tiré de la même planche ou du même moule, sur le même support, et porte la mention EA, E.A. ou épreuve d'artiste à la place du numéro de l'édition. À l'origine, ces exemplaires revenaient à l'artiste.

Une épreuve d'artiste vaut-elle plus cher qu'un exemplaire numéroté ?

Pas systématiquement. Pour la plupart des artistes, une EA se vend à un prix proche de celui des exemplaires numérotés de la même édition. Pour des artistes très recherchés, des plateformes spécialisées rapportent des ventes d'EA au-dessus des exemplaires numérotés, en raison de leur rareté. Aucun pourcentage de surcote ne constitue une règle.

Combien y a-t-il d'épreuves d'artiste dans un tirage ?

Pour les estampes, aucun texte ne fixe de nombre. Les sources spécialisées citent un usage autour de 10 % du tirage, ou de 10 à 15 %. Pour une fonte de sculpture, la doctrine fiscale admet quatre tirages d'artiste en plus des huit exemplaires numérotés.

Que signifient EA, HC et BAT sur une lithographie ?

EA signifie épreuve d'artiste, un exemplaire réservé à l'artiste hors de la numérotation. HC signifie hors commerce, un exemplaire à l'origine non destiné à la vente, souvent remis à l'éditeur ou à l'imprimeur. BAT signifie bon à tirer : c'est l'épreuve que l'artiste valide pour lancer le tirage de toute l'édition.

Une lithographie marquée EA est-elle forcément originale ?

Non. La mention EA peut figurer sur une reproduction photomécanique, signée ou non. La doctrine fiscale refuse la qualité d'œuvre originale aux estampes obtenues par un procédé mécanique ou photomécanique, même numérotées et signées. C'est la technique d'impression qui décide, pas la mention dans la marge.

Une épreuve d'artiste en photographie est-elle une œuvre d'art au sens fiscal ?

Le texte fiscal définit la photographie d'art comme prise par l'artiste, tirée par lui ou sous son contrôle, signée et numérotée dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus. Il ne prévoit pas de tirages d'artiste supplémentaires, contrairement à la sculpture. Une EA photographique non signée ou hors de ces trente exemplaires risque de ne pas remplir la définition.

Sources et méthode

  • BOFiP, BOI-TVA-SECT-90-10, version du 20 mars 2024 : § 150 à 170 (gravures, estampes et lithographies originales), § 200 (fontes de sculpture, 8 exemplaires numérotés et 4 tirages « d'artiste »), § 220 (tapisseries, 8 exemplaires y compris les exemplaires d'artiste), § 280 et 290 (photographies, 30 exemplaires signés et numérotés)
  • Code général des impôts, annexe III, article 98 A, II (définition fiscale des œuvres d'art), consulté sur Légifrance
  • Décret n° 81-255 du 3 mars 1981 sur la répression des fraudes en matière de transactions d'œuvres d'art, articles 1 et 9 (Légifrance)
  • Part des épreuves d'artiste dans un tirage relevée le 27 septembre 2026 sur les pages classées en tête de Google.fr pour « épreuve d'artiste valeur » : 10 % au plus (artshortlist.com), 10 à 15 % (blog.artsper.com, myartbroker.com, storeparis.perrotin.com) ; ces chiffres décrivent un usage, pas une règle